5/ Je suis complètement à l'ouest, premier épisode intitulé : « Méfiez-vous des Beaufortinois » (suite)

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Madagascar - Ananalava
de Luc, le 09-08-2008

5/ Je suis complètement à l'ouest, premier épisode intitulé : « Méfiez-vous des Beaufortinois » (suite)

Enfin bref, jusqu’à Antsohihy, tout se passe comme prévu, les minibus s’enchaînent à merveille. Et là, j’attends un Land Rover qui doit partir dans une heure. Je suis le 6e client : la chance continue de me sourire, je vais le payer tôt ou tard ! Déjà je rigole beaucoup moins : le Land Rover a un pare-brise bien cassé et les pneus plus que lisses. Les bagages s’empilent, s’empilent, s’empilent et finalement nous partons à 24 personnes (le Land Rover est un deux-portes bâché). Bah, je me dis, pas grave puisqu’on va jusqu’au bateau. Après le barrage de police (ils ont vérifié la validité du contrôle technique et empoché le bakchich), 6 personnes viennent s’agripper au Land Rover : la structure grince méchamment. Et oui, 30 personnes + un énorme tas de bagages dans un Land Rover en bout de course : A FUIR !
Je commence à manifester ma désapprobation : « ça va casser ! ». Tout le monde rigole du vazah qui ose exprimer son opinion, même si certains sont d’accord. Finalement la structure casse.
L’ingénieur malgache de service répare (soude, disent-ils)… avec des troncs d’arbres. Et oui, comme leur seul outil est une machette, il faut faire avec.
Nous arrivons sur une piste. Nous croisons un 4x4 de vazahs : en me voyant, le conducteur exprime une profonde inquiétude. En effet, la piste devient de plus en plus mauvaise et là je découvre que nous devons faire 75km de piste et qu’Analalava est un port, mais pas une île.
Je commence à avoir vraiment peur, le 4x4 fuit de toute part et tangue souvent dangereusement. Je descends et préfère continuer à pied. Des Malgaches rigolent et le conducteur n’exprime rien (expression habituelle des Malgaches en toute circonstance). Il y a même un passager, celui qui est assis sur le toit juste au-dessus du chauffeur, qui me dit : « la vie appartient à ceux qui gagnent ». Mais je préfère ne pas perdre la vie pour quelques centimes plutôt que de gagner je ne sais même pas quoi ! Je mesure le fossé entre les deux cultures et j’adopte le flegme (ou l’inconscience, voire l’irréalisme) Malgache.
On avance mora mora (doucement), la piste n’en finit pas. Alors que je somnole, patatras, le 4x4 se retrouve sur le flanc. Pas totalement fêlé, j’avais pris la précaution d’être le plus proche de la sortie. Pas de blessé, juste une femme enceinte de 8 mois un peu choquée. Comme je suis docteur, j’en profite pour distribuer quelques pansements et badigeonner deux zazas (enfants) d’antiseptique.
Heureusement les téléphones portables appellent les secours et Sœur Marie-Brigitte nous amène à bon port avec son Toyota. Marrante cette bonne sœur avec sa conduite qui rappelle une fameuse scène de la Grande Vadrouille. Conduite sportive à 24 personnes dans le Toyota. Les autres sont reparties dans le Land Rover encore plus cassé, qu’on a remis sur les roues. A remarquer que les gendarmes feront un constat mais laisseront le Land Rover repartir le lendemain avec des clients pour le chemin inverse. Je parierais bien qu'à l'heure actuelle, il fasse encore ce service dans le même état !
Sœur Marie-Brigitte nous a offerts en collation des bananes et des fruits de l’arbre à pain (des pains ?!), enfin je crois. Chose à ne pas faire : croquer à pleines dents dans la chair, car entre les cuisses de chair, il y a une substance très collante. Je n’en suis mis plein les doigts et autour de la bouche. En plus, ça coince la fermeture éclair du sac à dos !
Conclusion d’un passager qui ne sait qui est le plus coupable : le chauffeur, le propriétaire du 4x4, la société du contrôle technique, la police et la gendarmerie qui « contrôlent » tous les taxis-brousse en sortie de ville (un racket très bien organisé), les clients ou le gouvernement qui laisse faire et n’entretien pas les routes ?! Moi, je ne retiens qu’une chose : Mehdi soit maudit et que la pluie s’abatte sur le Beaufortain (là, je ne prends pas beaucoup de risque).
Question que je me pose : comment savoir qu’un taxi-brousse plein à craquer ne va pas compléter son chargement ?
A l’arrivée, toute la population de la ville est là pour nous accueillir et bien sûr le vazah est très entouré.
2 gars qui ont surpris quelques mots d’une discussion me conduisent à l’hôtel, le Relax. C’est du resto que j’écris ces lignes, sur la plage, la vue est magnifique (pour une fois, je recopie un texte déjà écrit). En tout cas, je vais tout faire pour retourner à la civilisation en bateau. Richard, surnommé Bijoman par un policier, va s’en occuper.

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