26a/ Le Qingjai pas en long, pas en large, mais en travers
Yushu est une ville au sud est du Qinghai. A 4000m d'altitude, elle est quasi-exclusivement habitee par des Tibetains. Apres Sushu Gompa, le village du bout du monde, voici sa grande soeur. Le modernisme et les touristes semblent hesiter a venir ici. Les costumes traditionnels sont nombreux, pourtant c'est moi qui suis souvent percu comme une curiosite. A part un moine, je n'ai rencontre personne parlant anglais. Ce moine a quitte le Tibet, avec ses parents, en 1959 pour suivre le Dalai lama. Et depuis qu'il est revenu, il y a 10 ans, c'est la premiere fois qu'il parle anglais !
Un village tres proche abrite un temple bien singulier : il est en train d'etre recouvert par des amoncellements de pierres (mani) sur lesquelles sont gravees des mantra (syllabe ou phrase sacree). On estime le nombre de mantra a deux milliards.
J'ai fais le trajet Yushu-Xining en bus couchette, 3 rangees de lits superposes et 2 dortoirs au fond du bus. J'avais demande une couchette pres d'une fenetre, mais la guichetiere m'a fait signe que non. Je monte dans le bus, presente mon ticket au chauffeur qui me montre un lit... pres d'une fenetre. Mais une dame reclame peu de temps apres, cette place qui est marquee sur son billet. Alors le chauffeur m'explique que je me suis trompe de place et me montre les numeros au bord des couchettes ?! La nuit, pres d'une fenetre, est assez bonne.
J'arrive a l'aube a Xining, que je parcoure avant de prendre un bus pour Tongren, dont on m'a dit le plus grand bien. Malheureusement, la marechaussee m'oblige a rebrousser chemin. Risque de H1N1 me dit-on. Ici, on prend soin des occidentaux. Par contre, la population et un Thailandais passent sans etre informes du danger. Les policiers m'offrent une pomme en attendant un bus venant en sens inverse. En fait, je venais juste d'en finir une autre que m'avait offerte une passagere du bus.
Me voila de retour a Xining, que faire ? Finalement, je prend un train pour Lanzhou, la capitale de la province d'a cote, Gansu. Comme je m'emmele les pinceaux avec les horaires, je monte dans le train sans rien a manger et surtout sans rien a boire. A cote de moi, une fille vide son sac et je n'ai plus qu'a choisir. Entre la patte de poulet sous vide, un truc inconnu, des chips et des gateaux de lune faits maison, qu'auriez-vous choisi ? C'est effectivement un bon choix, sauf pour quelqu'un qui a soif ! Ca vous etouffe un chretien avant la fin du deuxieme. Dans le wagon, on a eu le droit a un spectacle : les employes des chemins de fer profitent du trajet pour vendre tout et n'importe quoi. Ainsi, l'un d'entre eux a harangue le wagon pendant 10mn pour nous vendre, la premiere fois des brosses a dents - ma voisine en a achete 4 plus 2 tubes de dentifrice - et la deuxieme fois des chaussettes.
Le lendemain, je pars pour une autre destination de choix : Xiahe. J'avoue que j'ai apprehende les controles de police. Me voici dans la ville qui abrite le monastere tibetain le plus important apres Lhassa. Je remonte a une altitude de 3000m, intermediaire entre l'espace des Han et des musulmans et celui des Tibetains. En dessous de 2500m, les Tibetains doivent avoir du mal a respirer ! Cette ville est en limite de territoire chinois, tibetain et musulman. Peut-etre ma ville preferree, avec Pekin. Le monastere et le quartier tibetain est un dedale de ruelles regorgeant de superbes batiments. Et en plus, on mange bien, entre autre :
- le yak sous de nombreuses formes possibles, bouilli, grille, en boulettes, en soupe... en fait, c'est semblable au boeuf.
- le the sale au beurre de yak. Le premier, je l'ai bu a Danba par hasard au petit dejeuner, j'ai seulement vu qu'un client appreciait mon choix. D'aileurs, je crois qu'il a paye mon petit dej. Ca n'est pas mauvais, gout pas tres fort.
- le the "normal", ils font infuser toutes sortes de fruits, baies...
- comme c'est la saison des pommes et des poires, des femmes vendent des poires blettes. Vu le frisson que font ceux qui en mangent, je me suis abstenu et je ne crois pas que mon estomac aurait aime.
- la fameuse tsampa, tres tres tres nourissant !
Hier, c'etait le 1er octobre, 60e anniversaire de la Republique Populaire de Chine. Les militaires etaient la en nombre et bien visibles, comme certainement dans toutes les villes tibetaines ; ils sont d'ailleurs toujours aussi demonstratif aujourd'hui. Voila peut-etre l'explication du refus de mon entree dans la region de l'Amdo, tres majoritairement tibetaine, suite au prochain numero...
Sinon l'ecran a l'arriere de mon appareil permet a un Tibetain d'un peu mieux connaitre son pays.
26b/ Mon usage du monde
Ca faisait longtemps que j'y pensais et un message d'Isa Fick me pousse a me lancer (message et reponse en fin).
Ce monde qui m'a forge, que dois-je en faire ? parmi tout ce qui est impose, il reste une large place au choix. Ainsi, parmi 6 milliards d'individus, je n'en rencontre qu'une infime partie et seule une partie de cette partie lira ce carnet de voyage. De plus, le touriste que je suis ne fait que passer et donc comment comprendre les subtilites de chaque lieu et de chacun sans comparer avec son propre vecu, avec les idees preconcues et comment eviter les quiproquos ?
Pourtant, jusqu'a quel point peut-on ou doit-on eviter le jugement de valeur sur ce que nous retenons d'une visite a l'etranger ? Je me souviens avoir eu cette discussion avec Stephane, le fou volant. Certaines choses ne peuvent pas nous laisser indifferent : la violence, la condition d'une categorie de la population, le respect de la nature... Mais, notre regard ne peut voir qu'une partie de la realite. Et encore, ce morceau de realite sera deforme par notre vision liee a notre culture, notre formation, nos rencontres.
Bien entendu, j'ai tords de dire, les Chinois sont blah, blah, blah, les Sri lankais... Je ne sais meme pas ce qu'est un francais type, Asterix ? Les Bidochons ? 42 ans en France, donc je suis surement un peu un "Francais moyen". Et puis, c'est dur de ne trop etre soi-meme, je vais essayer...
Enfin, pour repondre a un des objets du mail, je ne pars pas pour quitter quelquechose. Mais pour revenir meilleur et ca je vous en laisserai juge. Ca n'empeche pas que mon environnement, vous compris bien sur, me manque. Voila pourquoi ce besoin d'alimenter ce blog, avec le desir de pallier a une memoire defaillante.
Pourtant, est-il besoin d'aller loin pour raconter ces faits si insignifiants qui font la vie de tous les jours ? Non, mais ce cote exotique pousse a ecrire l'ordinaire et excite la curiosite de certains de ceux qui restent, pas plus dupe que moi. Ce blog n'est en fait que la volonte de garder le lien avec eux. Malheureusement, ce lien est trop a sens unique, limite du blog. Il ne pousse pas les lecteurs a la redaction et pourtant, j'attend vos reactions, vos faits et gestes du quotidien, vos humeurs, l'actualite quoi ! Alors, un peu a votre tour...
> Message du 28/09/09 10:26
> De : "Isabelle Fick"
> A : "Luc GERBAUX"
> Copie à :
> Objet : petites pensées sur le voyage...
>
>
> Bon on rigole bien avec tes interviews!!! Tes mails "Français moyen" (
> la grosse insulte que voilà!) pour certaines réflections me laissent
> pensive : Je cite " les Chinois sont voleurs..."( pour une histoires de
> prix de l'eau).
> La personne qui part en voyage n'est elle pas dans un état d'esprit où
> elle tente de perdre ses repères " européens" où par exemple, tout à un
> prix moyen, des étiquettes, des lois de concurrence très encadrées, où
> on ne marchande pas,j'en passe bien d'autres pour ne parler que de ce sujet!
> Je me souviens de ces deux Grenoblois aux Trois Gorges dont un disait
> derrière une femme Chinoise "c'est cela grosse dégueulasse maintenant
> que tu as craché tu pètes!"
> Le voyageur ne devrait il pas accepter la réalité du pays sans jugements
> de valeur?
> Tu n'es peut être* pas encore partie dans ta tête*, trop de contactes
> avec tes connaissances? trop de rencontres avec des gens comme toi?
> On t'aime Luc alors parts et contemple l'autre comme un étranger au sens
> noble du terme.
>
> *Parts et surtout ne te retourne pas !Coupe avec nous merde, parts!!!
> *Une amie qui te veux du bien...
> Isabelle
Bonjour Isa et la famille Fick,
...
C'est vrai que je suis encore trop souvent dans le jugement de valeur, merci de me le preciser.
Je viens de faire un trajet en bus-couchette, du coup on arrive a l'aube dans la ville, Xining. Et dans ces cas la, le seul commerce qui est sur d'etre ouvert 24h/24 et le cafe internet. J'en profite donc pour relire mes impressions et pour les relativiser, ton jugement m'est utile. Il n'est pas toujours tres bon d'ecrire dans le feu de l'action, un peu de recul est souvent necessaire ;o) Bon pour les crachats, j'avoue que j'ai encore du mal a m'y faire. En France aussi d'ailleurs, les dejeuns ont pris cette sale habitude.
Il est vrai aussi que je n'ai pas coupe pas les ponts avec l'Occident, mais je ne sais pas si j'en ai envie. Meme si notre societe a beaucoup de defauts, je n'oublie pas qu'elle me permet de voyager et d'en rencontrer d'autres. Et puis 42 ans en France, ca colle a la peau. En voyageant, je me suis rendu compte que la democratie reste le moins mauvais des systemes politiques et sociaux. Les voyages m'enrichissent, ils m'ont enseigne l'importance de la zenitude, la necessite d'eviter certains jugements de valeur. Les voyages me montrent aussi les oeilleres qu'on nous impose ou qu'on porte par facilite. Mais ce n'est pas pour ca qu'il faut tout accepter. Par exemple, je me revolterais toujours contre certaines pratiques, pas d'accord ?
Cote communication, il est malheureusement beaucoup plus facile d'avoir une discussion ambitieuse avec quelqu'un qu'on comprend, ce qui est peu le cas avec les Chinois ; a moi d'apprendre leur langue. Et enfin, pourquoi couper avec vous ?! Je vous aime, zut. Partir, c'est aussi mieux voir ce qui nous manque vraiment. Et oui les amis, ma famille, certaines connaissances me manquent et heureusement.
Bises a vous 4.
Luc
Commentaires sur cet article nadege Hello frangin,
tout d'abord je te souhaite une bonne fete. J'ai bien reçu ton mail dimanche dernier mais je t'avoue que, quand je rentre le soir, je suis crevee. Alors aujourd'hui, c'est l'occasion de faire deux choses en meme temps.
Tout va bien ici, les cours commencent a devenir la routine, cela me plait, les collegues sont sympas et mon chef aussi. Il n'est franchement pas embetant.
les gelees matinales sont la, il fait froid le matin, soleil l'apres midi. David savoure son temps au chomage, il se repose, bricole a la maison.
nous avons fete les 55 ans de mariage de mes parenst, les tiens etaient invites, ton pere etait tres en forme, nous avons bien ri. l'etiopathie tourne au ralenti, j'aimerais avoir plus de consultations, mais c'est le bouche à oreille qui fait la clientele. alors le peu que j'ai je la bichonne. Orion est reparti dans le poney club ou je l'avais mi l'an passe, il est bien mais un peu loin, je ne peux le voir souvent. bon courage a toi pour la suite. nous attendons tes nouvelles toujours avec impatience. bisous des epoyats.